Trier les messages reçus dans l’enfance avec une métaphore

Les fêtes de fin d’année génèrent chez de nombreuses personnes une forme d’anxiété, en lien avec la relation au corps et à la nourriture. Pourquoi ? Parce que cela ré-expose à de nombreuses situations, re-vécues, ou simplement restées en mémoire, qui ont pu être impactantes dans son histoire alimentaire. Faire un pas de côté pour s’en libérer est possible : et pour cela, j’aime bien passer par une métaphore 😉

La ré-évocation de scènes qui peuvent renvoyer au quotidien de l’enfance

Dans les préparatifs des fêtes, viennent résonner en écho des situations qui peuvent être réactivées au sein des retrouvailles familiales :

  • Cette tante qui clame « faire attention à Noël pour ne pas ruiner son régime ».
  • Votre belle-mère qui a cuisiné pour nourrir en surabondance « parce que ça fait plaisir de tous vous voir manger mes plats cuisinés avec amoouuuuuurrrrr »
  • Votre papa qui vous fait un clin d’œil « gourmand.e comme tu es, tu vas bien te resservir du dessert ? »
  • L’anecdote au sujet de cette cousine absente « qui s’est faite larguer parce qu’elle se négligeait » (sous entendu : « a pris du poids »).
  • Le grand frère qui organise une balade digestive « pour brûler tout ça ».

Et tant d’autres situations !

Des évocations qui peuvent rappeler des scènes de l’enfance, du quotidien pour certaines. Parce qu’enfant, on a été entouré de parents, éducateurs, qui avaient eux-mêmes un vécu autour du corps, de l’alimentation.

Parce qu’il y a pu aussi y avoir des choses transmises de façon implicites, déduites de nos observations selon la façon dont les repas se passaient, en vrac :

  • l’environnement dans lequel les repas étaient consommés : seul, en famille, assis, ou pas, avec la TV ou pas etc.
  • le temps consacré au repas et au delà de cela, son importance d’un point de vue symbolique
  • la façon dont les uns et les autres étaient (res-)servis
  • le respect ou non des besoins de chacun
  • les éventuelles différentes de traitement entre chaque membre de la famille
  • la façon dont la culture et les valeurs des parents / éducateurs s’exprimaient dans les choix culinaires
  • l’ambiance à table
  • la place des « manières de table » (tenue, politesse…)
  • l’importance ou non du plaisir à manger, de la convivialité
  • les sujets de conversations, la façon dont ils étaient exprimés, le « droit » de parler ou non
  • selon que certains membres de la famille étaient en difficulté par rapport à la nourriture et les attitudes qui ont pu en découler
  • les pratiques éventuelles de régime exprimées ou non
  • etc.

Il peut également y avoir des choses transmises de façon plus explicite, via des remarques qui peuvent nous avoir concerné nous-même, ou des personnes de l’entourage.

Certains messages peuvent avoir semblé contradictoires, paradoxaux : « On ne cessait de dire qu’il fallait bien manger pour être en bonne santé, la nourriture était abondante et riche et en même temps, on me disait de faire attention pour ne pas grossir ».

Avant d’aller plus loin, j’aimerais rappeler qu’il n’y a pas de famille parfaite, et que chacun a fait du mieux qu’il pouvait en fonction de sa situation, de ses possibilités, de son histoire, etc. Certains messages transmis pouvaient être des normes éducatives reflet d’une époque, ne posant pas de problème en soi. Ce qui a pu poser un problème est la façon dont elle a pu s’inscrire dans une réalité plus complexe. De même, si vous êtes vous-même parent, il est probable que vous ayez déjà reçu moultes injonctions sur la « façon de faire », peut-être des critiques ? « A mon époque, les enfants, … » 😉 Ce n’est pas pour autant que vous vous y prenez mal aujourd’hui : chacun jauge selon son prisme, sa subjectivité.

Questionner les « règles » héritées de notre vécu

L’objet de ce billet est d’observer ce qui a pu influencer votre relation à la nourriture et l’influence encore aujourd’hui, par un exercice de tri.

La première phase consiste à lister ce qui semble être un message qui fait encore écho, et teinte négativement ma relation à la nourriture et peut constituer aujourd’hui une « règle ».

Voici des exemples : « Je suis trop gourmand.e. »; « Je mange toujours trop. » ; « Je suis difficile. » ; « Il faut finir mon assiette. » ; « C’est impoli d’en laisser. » ; « Si je mange trop et que je grossis, je ne pourrai pas être aimé.e » ; « les desserts sucrés, c’est que pour les occasions » ; « je n’ai pas de volonté quand un plat est appétissant » ; « il faut se dépenser après un bon repas », « je dois sans cesse faire attention à la nourriture, elle me fait grossir », « jamais de féculents le soir » ; « la nourriture est une récompense pour célébrer », etc.

La « règle » n’est pas le problème, mais plutôt la relation que nous entretenons avec elle. Les questions que l’on peut se poser, avec délicatesse :

  • de qui et comment ai-je reçu ce message ?
  • quel âge ce message a t’il ?
  • à quel niveau, entre 0 et 10, influence t’il ma façon de manger actuellement ?
Les « belles » valeurs qui ont pu nous êtres transmises

Les périodes de fêtes et de retrouvailles peuvent également être l’occasion de se remémorer de ces belles choses qui ont pu nous être transmises. Prenez un instant pour lister ce que « l’acte de manger » représente pour vous et ce qui découle de votre éducation dans tout cela.

Exemples de ce qui peut avoir été transmis :

  • le plaisir de cuisiner
  • quelques techniques culinaires, même les plus simples : avoir appris à cuisiner peut être un réel cadeau !
  • des repères en terme d’alimentation équilibrée, émanant plus d’un apprentissage vicariant que de la transmission de règles, en ayant grandi dans un environnement avec une alimentation variée, équilibrée, sans interdits.
  • le fait d’honorer une culture, des traditions qui peuvent vous être restées chères.
  • le respect de la saisonnalité quand c’était possible.
  • l’importance d’une nourriture goûteuse, qui régale les papilles.
  • ce qu’un repas véhicule en terme de convivialité, de partage…
  • le goût de la découverte.
  • la convivialité associée aux repas.
  • une forme d’art de vivre et de manger, décentrée du poids.
  • etc.

Liste non exhaustive ! On peut explorer les valeurs qui sous-tendent chacun de ses aspects.

La question que l’on peut se poser :

  • Quel est le niveau d’importance de cette valeur autour de l’alimentation pour moi, aujourd’hui, sur une échelle de 0 à 10 ?
Les demi-teintes

La convivialité, oui, mais en ce qui vous concerne, un repas assis qui dure devient rapidement pénible ? Une culture, et en même temps, vous vous êtes ouverts à d’autres horizons culinaires ? Des valeurs de respect du vivant qui ont pu vous faire cheminer vers une alimentation plus végétale en vous appuyant sur ce qui vous a été transmis en terme de respect de la saisonnalité ? Etc.

Prenez un moment pour repérer ces éléments transmis qui sont à la fois soutenants et en même temps sur lesquels vous avez évolué ou aspirez à évoluer.

Une métaphore pour illustrer ce tri : la malle reçue en héritage

Fermez les yeux.

Prenez un moment pour imaginer qu’il y a une pièce cachée que vous découvrez dans votre maison ou appartement : un grenier, une trappe qui révèle un cagibi, une cave au sous-sol.

Vous entrez, vous éclairez l’endroit, et découvrez une vieille malle poussiéreuse. A quoi ressemble t’elle ? Quelle est sa taille ?

Et si vous l’ouvriez pour explorer ce qu’il y a ? Vous découvrez un message : « Héritage – Ma relation à l’alimentation ».

Dans celle malle, divers objets :

  • des vieilles breloques cassées
  • des bibelots qui vous rappellent de bons souvenirs, mais passés de mode
  • des objets qui se révèlent être de vrais trésors, une fois dépoussiérés

Prenez un moment pour examiner un objet de chaque famille. A quoi ressemble t’il ? Comment vous vous sentez émotionnellement, corporellement lorsque vous examinez ces objets ? Qu’avez-vous envie d’en faire ?

  • Mettre aux encombrants les vieilles breloques cassées ?
  • « Upcycler » ces bibelots passés de mode mais qui vous rappellent de bons souvenirs, en les transformant avec votre touche personnelle ?
  • Mettre en valeurs ces petits trésors retrouvés ?

Une fois ce tri réalisé, comment vous sentez-vous ? Qu’est-ce que ça vous permet de faire de différent en lien avec votre corps et votre alimentation ?

Cette métaphore peut illustrer ce processus de tri au sein des messages reçus :

  • ceux dont j’ai besoin de me débarrasser car ils peuvent être devenus toxiques
  • ceux que j’ai besoin de faire évoluer pour correspondre à ce que je me souhaite de bon pour moi
  • ceux que je cultive précieusement car ils me soutiennent

Prenez un moment pour associer les messages aux objets à jeter / transformer / conserver. Comment vous sentez-vous maintenant ?

En se permettant de conserver ce qui a pu être bon pour soi, il peut être plus facile de s’autoriser à se débarrasser de ce qui nous encombre.

J’utilise régulièrement cette métaphore de la malle reçue en héritage dans ma pratique clinique. Elle est généralement très appréciée des patient.es et facile à s’approprier. Qu’en pensez-vous ?

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