Entrainer la défusion des pensées avec la métaphore du pommier

La métaphore du pommier permet d’entraîner la défusion avec nos pensées automatiques, un des processus favorisant la flexibilité psychologique. C’est au cœur du travail mené en Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT) dont la finalité est de s’approcher de ce qui compte pour nous. Dans le soin diététique, c’est aller vers une belle et bonne relation à la nourriture et au corps. Ce billet détaille la métaphore, avec des exemples, afin de vous permettre de vous l’approprier.

Utiliser des métaphores en consultation

L’utilisation de métaphores permet une prise de recul, d’utiliser le langage comme levier au changement. Elles donnent accès à un abord plus émotionnel sur une problématique que l’on a tendance naturellement à vouloir aborder sous l’angle rationnel. On peut laisser résonner la métaphore dans le corps. J’égrène des métaphores en consultation, que mes patients cueillent selon ce qui résonne pour eux. Et souvent, on les construit ensemble. Si je m’inspire librement (et souvent du contact avec la nature), la “métaphore du pommier” nous vient de Jean-Christophe Seznec (ACT – Applications Thérapeutiques, 3ème édition, mai 2023).

La cueillette des pommes

Ca tombe bien, on est en pleine saison de récolte de pommes . Pas celles toutes calibrées, triées que l’on trouve en supermarché. Des pommes de toutes formes, plus ou moins biscornues, de variétés diverses, que l’on ramasse dans un verger après avoir secoué le pommier, au fond d’un jardin. Ce sont souvent les meilleures, mais on a aussi quelques surprises !

Des pommes que l’on ramasse pour en faire une belle tarte aux tranches bien rangées, de la compote ou pour les croquer à belles dents. D’autres qui finissent au compost… en essayant d’éviter l’indigestion.

Avant de passer en cuisine… allons à la cueillette !

Quel type de pommes pouvons nous cueillir ?
  • Des pommes aussi bonnes et juteuses que belles: pour la tarte aux pommes !
  • Des pommes goûteuses, avec un petit coin abîmé : pour la compote, en enlevant le morceau en question.
  • Des pommes pourries, tombées au sol : on ne prend même pas la peine de les ramasser, bonnes pour le compost.
  • Des pommes qui semblent appétissantes, mais quand on croque dedans, véreuses, ou au mieux farineuses… des pommes indigestes.

Avant de passer en cuisine, un tri de nos pommes s’impose !

L’analogie avec nos pensées

Ces pommes représentent nos pensées, émergeant autour de la relation à la nourriture et au corps. Secouer le pommier, c’est ce qui se passe lorsque de nombreuses pensées émergent, dans une situation qui peut potentiellement être activante, insécurisante.

Exemples : Je suis chez un médecin qui me pèse et évoque une nécessité de perte de poids. Ou je pense à ce dîner de retrouvailles avec des personnes que je n’ai pas vues depuis 2 ans alors que mon corps a beaucoup changé depuis ma dépression. De nombreuses pensées émergent, s’entrechoquent.

Il va y avoir plusieurs types de pensées :

Celles qui nous rapprochent d’une belle et bonne relation à nous-même et à la nourriture.

  • Les pensées aidantes, soutenantes (belles, bonnes, juteuses, croquantes)
  • Les pensées “50-50” que l’on apprend à retravailler pour les rendre aidantes (gouteuses et partiellement abîmées) ou les pourries d’avance, pour le composte, que l’on évite de ramasser, pour aller en prendre une autre.

Celles qui nous en éloignent et entretiennent le trouble alimentaire ou mes difficultés.

  • Les pensées séduisantes du TCA dans lesquelles on mord pour réaliser à l’indigestion qu’elle maintiennent dans la maladie (appétissantes, mais véreuses, farineuses).

La métaphore peut être un soutien pour apprendre à trier les pensées.

  • Quel aspect a cette pensée ?
  • Quel goût a cette pensée ?
Faire résonner la métaphore

On peut même prendre un moment pour visualiser cette pomme / pensée, et observer comme cela résonne dans le corps, aller au contact de l’indigestion sur un plan métaphorique (*).

Puis, visualiser ce qui pourrait soulager l’indigestion, en faisant résonner cette question : de quoi ai-je besoin ici et maintenant ? Et explorer ce qui pourrait éviter l’indigestion la prochaine fois (examiner la pomme, en croquer juste une bouchée pour en goûter la saveur…)

(*) à faire dans le cadre d’un accompagnement thérapeutique secure avant de s’exercer seul.e

Deux exemples inspirés de cas patients

Exemples inspirés de ma pratique clinique sans être le reflet exact d’un entretien (par souci de confidentialité).

Pensée : “Je dois restreindre les féculents pour perdre du poids”

-> “une belle pomme, lisse, appétissante, mais sacrément indigeste !” “Sur le moment, je me sentais fière de n’avoir pas pris le riz avec mon déjeuner… mais j’ai dégommé la baguette achetée sur le chemin du retour.”

-> “Mon angoisse de grossir m’envahit. J’en ai une boule dans la gorge et au niveau du ventre, c’est dur.”

-> “J’ai besoin d’y aller petit à petit”

-> “La prochaine fois, je peux essayer de m’encourager en me rappelant que mon corps en a besoin, et commencer par ajouter 1/2 portion de riz. Ca serait comme goûter un bout de pomme sans l’avaler en entier”.

Pensée : “Tous mes repas doivent être équilibrés”

-> “Une pomme à moitié abîmée. Dans le fond, cette pensée m’aide à ajouter des légumes, mais dès que je n’y arrive plus comme je voudrais, je laisse tomber.”

-> “Un poids sur les épaules en évoquant cela.”

-> “J’ai besoin de relâcher la pression que je me mets au quotidien. Et en même temps, c’est important pour moi d’augmenter ma part de légumes.”

-> Proposition de pensée plus aidante, en passant d’une règle rigide à un repère qui a du sens : “Commencer par mettre un légume par jour en progressant serait bon pour ma santé”. “Cette pomme a meilleur goût”

Jouer avec la métaphore

On peut jouer avec la métaphore et s’entrainer à trier les pensées comme des pommes. Commençons par ramasser 10 pommes : le TOP 10 des pensées les plus récurrentes autour de l’alimentation et du corps, pour les décrire, les trier.

Rappelons-nous aussi qu’il est plus réaliste de remplacer des pommes/pensées par d’autres que de les éliminer. Après ce travail, il y aura toujours une dizaine de pommes, plus savoureuses. De celles qui nous aident à tendre vers une belle et bonne relation au corps et à la nourriture.

Cet exercice permet d’entraîner un des processus de l’ACT : la défusion des pensées, et d’ouvrir sur un travail plus approfondi. Hâte de lire vos retours, si vous explorez la métaphore !

Partagez l’article sur :

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.