L’autocompassion, une force émancipatrice face au sexisme

“L’autocompassion, c’est se traiter avec la même bienveillance avec laquelle nous traitons un.e ami.e chèr.e, y compris quand les choses tournent mal.”

“La bienveillance, la main sur le cœur, ça va bien 5 minutes, ça fait pas avancer les choses”.

Peut-être qu’à la lecture de ce post, vous relirez cette phrase très différemment 😉

L’autocompassion n’est pas faiblesse, c’est une puissance, une force intérieure d’empouvoirement qui peut participer à prendre sa place dans le monde et à renverser ses logiques de domination.

La compassion n’est pas que tendresse : elle peut aussi être indignée, protectrice, résolue.

La modélisation de Kristin Neff

L’autocompassion selon la modélisation de Kristin Neff nous permet d’apprendre à répondre différemment à notre souffrance en activant :

  • la pleine conscience
  • l’humanité commune
  • la bienveillance

pour répondre à cette question centrale : “de quoi ai-je besoin ?”

L’autocompassion tendre & féroce

Au-delà de ces 3 dimensions, elle comporte deux versants : tendre et féroce.

Les deux aspects de l’autocompassion sont aussi liés que nos deux jambes : le versant tendre pour nous apporter la sécurité nécessaire afin d’activer le versant féroce, et agir dans le monde. Cultiver une autocompassion équilibrée est précieux !

Poser nos limites face à une situation injuste, faire valoir nos droits, prendre une décision courageuse dans notre vie, demandent d’activer l’autocompassion féroce.

Possible que votre vision de l’autocompassion ne soit déjà plus la même 😉

Les écueils de compréhension de l’autocompassion découlent en partie d’une vision genrée et sexiste du monde.

Les stéréotypes de genre

La majorité des cultures reflètent ces stéréotypes, avec des représentations genrées :

Des personnes plutôt tournées vers la « relation & soin » ont tendance à être cataloguées comme “profil féminin” et celles vers “l’action et l’affirmation” comme “profil masculin”. Notre culture, éducation, et le système patriarcal nous poussent à cultiver, selon notre genre, les qualités fondées sur ces représentations.

Ces représentations nient qu’une dualité tendre & féroce peut se nicher en chacun.e de nous.

Les attentes comportementales très centrées sur le genre sont perdantes pour tout le monde :

  • culture de la masculinité toxique qui rend honteux les hommes qui se montrent vulnérables.
  • colère stigmatisée des femmes, femmes militantes perçues comme peu crédibles ou menaçantes.
  • culture de la performance épuisante pour toutes et tous.

Allons explorer du côté du sexisme, ensuite !
Ca pique un peu… beaucoup !

Le sexisme

On peut décrire 3 formes de sexisme :

  • Le sexisme hostile qui véhicule l’idée que les hommes sont supérieurs aux femmes, dont une des manifestations sont les mouvements type “mascu”.
  • Le sexisme bienveillant qui s’inspire d’un ensemble de préjugés “positifs” censés protéger les femmes, considérant que les hommes ont l’obligation de chérir les femmes et subvenir à leurs besoins. Une des manifestations les plus extrêmes sont les mouvements type “trad wife”.

Le sexisme bienveillant, très présent chez les couples hétérosexuels, appuie l’idée d’une complémentarité homme-femme, et occulte la potentialité d’une dualité (tendre/féroce) indépendante du genre.

  • Le sexisme moderne, bien plus insidieux qui nie simplement l’existence du sexisme.

Le sexisme moderne reconnaît l’existence des inégalités et que tous devraient être traités de la même façon. Simplement, il assure que cela n’est pas dû à un désavantage systémique défavorisant les femmes…

Son idéologie considère que notre réussite dépendrait essentiellement de notre motivation et de nos aptitudes personnelles.

Ainsi, une femme ayant de grandes compétences d’actions devrait en principe réussir autant que les hommes “puisque les règles du jeu sont équitables”. La culture de la méritocratie !

La claque !

L’inégalité de genre n’est pas perçue comme une conséquence de la discrimination, mais comme la résultante de différences fondamentales de traits assertifs/”masculins ou relationnels/”féminins”.

Manifestations de de sexisme moderne :

  • “il suffit d’oser et t’affirmer et tu vas réussir”
  • “les femmes sont plus susceptibles de donner la priorité à leurs enfants que leur carrière, c’est pour cela qu’elles progressent moins”.

Je la fais courte sur le fait que :

  • nos caractéristiques biologiques sont loin de définir nos traits de personnalité.
  • notre sentiment d’identité s’intériorise dès notre plus tendre enfance nous donnant un filtre perceptif.

Ca me donne du fil à retordre tout ça, vous aussi ? L’oppression patriarcale reste là, en trame de fond… y compris la part que nous les femmes avons interiorisé.

Cerise sur le gâteau, la recherche montre que les femmes ont un autocritique plus fort et moins d’autocompassion…

La bonne nouvelle, c’est que l’autocompassion est une ressource qui a fait ses preuves pour trouver un chemin d’émancipation. Nous avons besoin pour cela de soutenir la vérité de nos colères.

La colère
  • est une émotion “féroce” utile : nos indignations, nos sentiments d’injustice, nos frustrations sont de puissants moteurs de mobilisation et de changement dans nos vies.
  • peut être constructive lorsqu’elle n’est pas chroniquement réprimée, et correctement dirigée.
  • est à la base des plus grands mouvements d’émancipation collective et changements sociétaux.
Mais la colère des femmes
  • est culturellement réprimée, tout en étant valorisée chez les hommes.
  • est une des émotions les plus genrées, dès notre plus tendre enfance (petite fille = “gentille”).

“Sales connes” : un exemple de colère stigmatisée… qui a conduit à une puissante mobilisation ensuite!

Oui, la bienveillance est nécessaire :

Car la colère sans amour est dévastatrice : réhabilitons la bienveillance & la colère, ensemble, pour toutes & tous.

  • Pour être avec soi et avec le monde de façon aimante, forte, assertive, courageuse.
  • Non pas pour imposer de nouveaux systèmes de domination, mais pour repenser des équilibres respectueux pour l’individu et le collectif.

“Quand la douceur devient force, et la compassion courage !”

Pour aller plus loin :

 

Si vous me découvrez ici : mes multiples casquettes pro sont en signature de ce billet… et je suis aussi une maman de 4 enfants, qui a le goût de l’aventure en famille et une passion pour tout ce qui est fermenté !

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Erika Fournel – Consultations en diététique comportementale & sessions de groupes
« De quoi ai-je besoin ? »
❤️‍🩹 Apaiser la relation à l’alimentation et au corps
🫴Diététicienne spé TCA
🧘🏻‍♀️Instructrice des programmes MSC d’autocompassion & ME-CL d’alimentation en pleine conscience + Body Project

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