Ne rien faire, pour laisser faire…

Dans un monde où la performance au sens de « faire toujours mieux et plus » est mise sur un piédestal, ne rien faire, respirer pour soi peut devenir un nécessaire acte engagé, voire militant, à insuffler dans le quotidien. Enfin, c’est ma vision, qui est présente dans mes accompagnements, autant en individuel qu’en groupe, en explorant cela de façon déculpabilisante.

Embrasser ce « rien » qui est « plein »

La poésie pour transmettre avec délicatesse, se laisser toucher… Je vous laisse découvrir ces lignes du poète argentin Roberto Juarroz, qui peuvent trouver une résonance en ce temps estival, assorties de quelques réflexions.

Treizième poésie verticale, de Roberto Juarroz, poète argentin (1925-1995)
“Aujourd’hui, je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses
se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré le silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose pèse
sur le plateau vide de la balance.”

« Aujourd’hui je n’ai rien fait, mais beaucoup de choses se font faites en moi… » ce texte du poète argentin Roberto Juarroz peut trouver une certaine résonance. Certains se diront que c’est particulièrement approprié en ce temps estival, de « vacances », pour celles et ceux qui ont la chance de pouvoir en prendre.

« Vacare« , être vide, avoir du temps. Cela peut être un temps béni pour laisser un peu plus de place au « ne rien faire », et explorer ce qu’il peut y avoir dans cet espace. Embrasser ce “rien”, c’est tout sauf vide, en réalité !

Une vision dichotomique du monde, rupture avec soi ?

Il y a de quoi s’interroger sur cette dichotomie dans laquelle nous pousse notre monde moderne, glorifiant une certaine vision de la performance :

-> “travail acharné” VS “vacances bien méritées”,

-> “métro-boulot” VS “dodo”

Si cloisonner nos espaces peut-être soutenant pour ne pas laisser une frontière trop poreuse entre le “pro” et le “perso”, le constat est que cette coupure ressemble plus souvent à une rupture avec soi :

-> “j’ai tant à faire” VS “être”,

-> “je suis en apnée” VS “respirer”,

-> “je suis en mode survie” VS “vie”.

(souvent entendus en consultation avec des impacts sur le comportement alimentaire)

Insuffler du rien, pour plus d’être ?

Et si nous pouvions donner du sens à ce texte toute l’année et pas uniquement pour 1, 2 ou 3 semaines de vacances, dans la mesure de nos possibilités ?

Ca ressemblerait à quoi dans nos journées ?

Comment pourrions-nous laisser infuser dans nos quotidiens : des moments d’être, un peu plus de ces “riens” qui sont “pleins”… au service de la réalisation de soi et d’une juste contribution dans le monde ?

Les vacances… un terrain d’entraînement ?

Ne rien faire.

Pour remettre de l’être, de la respiration et du vivant, un peu chaque jour, au-delà des week-end et vacances,

Pour « sauver l’équilibre du monde », comme l’évoque Roberto Juarroz ?

Une autre vision de la performance ? Un acte engagé, voire militant dans ce monde ?

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