Une addiction à la restriction (et aux régimes) ?

Certains modèles mettent en avant une lecture addictologique des régimes restrictifs, au sens d’une addiction comportementale (sans substance). Il s’agit d’une hypothèse qui fait l’objet de recherches. Ce billet a pour objet d’amener une réflexion autant chez les professionnels que chez les personnes qui pourraient se sentir concernées par cette problématique.

La valorisation de la restriction

De façon simplifiée, vis-à-vis de l’alimentation, la restriction l’emporte dans le système de récompense.

Pourquoi ? Parce que notre société promeut

  • des standards de beauté mettant en avant la minceur.
  • l’idée que “nous devrions tous nous restreindre un peu” face à l’abondance de nourriture dans notre société

Cela correspond à ce qui est le plus valorisé dans notre société, et avec aussi l’idée que c’est faire preuve de discipline, volonté que de parvenir à contrôler son alimentation.

Le premier régime

Un schéma simple permet d’expliquer le mécanisme, ce « doigt dans l’engrenage » à un moment donné.

Un renforçateur puissant : la réassurance, le sentiment d’euphorie découlant de la perte des premiers kilos, venant effacer temporairement l’anxiété découlant des préoccupations corporelles excessives.

La poursuite du régime ?

On observe une déconnexion des signaux corporels, avec des stratégies de contrôle du poids, de la faim s’installant au 1er plan permettant de maintenir la restriction. L’objectif initial de perte de poids s’efface au profit de la dimension de contrôle et de maîtrise, associée à des émotions d’euphorie, de jouissance, très puissantes, décrite par nos patients. Si l’idée de (re)prendre du poids est insupportable, le plaisir de perdre l’emporte dans le système de récompense. C’est ce qui explique le phénomène de descente pondérale incontrôlée chez les patients souffrant d’anorexie mentale.

Schématisons de façon simplifiée le cercle vicieux bien connu de toutes les personnes ayant enchaîné les régimes et connu le yoyo de poids :

Les régimes à répétition pourraient être une stratégie dysfonctionnelle de réguler des émotions perçues comme difficiles à vivre et une réponse à une estime de soi fragilisée.

Les régimes à répétition, le “yoyo”… émotionnel ?

Il peut être intéressant aussi de le schématiser ainsi, et de le détailler avec le vécu de nos patients, sur fond de déconnexion des signaux corporels :

On peut élargir la focale, en faisant narrer l’histoire de la relation au corps et à l’alimentation depuis l’enfance, mettant en perspective la fonction du régime au delà de la perte de poids.

Une nécessaire psycho-éducation pour mieux valider le vécu

Lorsque nous faisons de la psycho-éducation sur la régulation pondérale, il est essentiel d’aborder :

  • la dérégulation pondérale comme étant le symptômes de perturbations complexes et multifactorielles
  • les régimes restrictifs comme perturbateur majeur de l’équilibre pondéral, favorisant une prise de poids à moyen et long terme

De relier cela à l’histoire des régimes et d’explorer le vécu est une étape délicate et indispensable pour :

  • valider la souffrance derrière l’histoire de régime
  • de faire le lien entre le déficit énergétique et la perte de contrôle
  • observer la place de yoyos émotionnels afin de faire le deuil de la recherche d’émotions euphorisantes
  • déculpabiliser face à l’idée que l’on “manque de volonté” en comprenant les mécanismes en jeu
Des questions à se poser si je me sens concerné.e :

Je vous invite à vous poser les questions suivantes, si vous vous sentez coincé.e dans cette logique :

  • à combien est ma peur de prendre du poids entre 0 et 10 ?
  • quels sont les ressentis émotionnels dans les phases de restriction et de perte de poids ?

Qu’est-ce qui prime ? Peur de prendre du poids ou plaisir d’en perdre ?

  • à quel moment ai-je commencé à me déconnecter de mes signaux corporels (faim, fatigue, douleur…) ?
  • quel est l’effet court terme des stratégies mises en place ?
  • quels sont les impacts long terme sur ma santé physique et mentale ?

De quoi ai-je besoin pour avancer ?

Cette prise de perspective radicale peut permettre petit à petit d’envisager un autre paradigme, pour sortir des stratégies dysfonctionnelles de régulation du poids, et en arrière plan, de gestion des émotions difficiles.

Cela peut aussi rendre plus acceptable l’idée de nourrir le corps selon ses besoins comme 1er axe de travail dans le soin diététique, en revenant à la logique du corps plutôt que celle du poids.

Un cheminement délicat et complexe, qui demande de s’entraîner à accueillir avec compassion ces moments où l’on se sent happé par les sirènes de la restriction.

Ces moments où, en tant que diététiciens, nous pouvons guider nos patients à devenir plus observateurs de ces processus, y compris lorsqu’ils retournent dans des conduites de restriction.

Que vous soyez professionnel de santé ou concerné directement par cette problématique… Curieuse de lire vos retours en commentaire !

Partagez l’article sur :

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.