L’activité physique pour se reconnecter à son corps vivant

Faire la différence entre activité physique « pathologique » et « saine », pour, à terme, se la réapproprier, petit à petit, en guérissant de son TCA. C’est l’objet de ce billet, été écrit en collaboration avec la FFAB (Fédération Française Anorexie Boulimie) et publié lors de la semaine de sensibilisation aux TCA (pour journée mondiale le 2 juin 2024).

Le symptôme « hyperactivité physique »

Chez nos patients souffrant de TCA, le symptôme “hyperactivité physique” est très fréquent, avec une pratique de l’activité physique (AP) pathologique.

Elle peut prendre plusieurs formes :

  • hyper-investissement dans un sport donné
  • hyper-sollicitation de la filière aérobie (course à pied…)
  • renforcement musculaire ciblé (gainage, pompes…)
  • amplification des activités de la vie quotidienne (ménage, bricolage, rangement…)
  • rester debout plus que nécessaire, sautiller, se mettre sur les pointes, augmenter ses trajets à pied…

La frontière entre la pratique saine et pathologique n’est pas toujours simple à déterminer.

L’entourage peut même s’y tromper et valoriser ces pratiques : “bravo, quelle volonté de courir tous les jours !”

Distinguer activité physique saine et pathologique

Dans l’AP pathologique, on observe un surinvestissement dans la dimension “corps objet / esthétique” par rapport à la dimension “corps vivant / vécu”.

“L’homme contemporain est invité à construire son corps, conserver sa forme, façonner son apparence, occulter le vieillissement ou la fragilité, entretenir son “potentiel santé””. L’adieu au corps. David Le Breton

Dans l’AP pathologique, l’activité est pratiquée avec une focale qui est de “contrôler” son poids, sa silhouette, maitriser son corps, au détriment de prendre du plaisir dans l’activité, qui passe au second plan.

Dans l’AP saine, l’activité est poursuivie indépendamment de l’obtention d’un “résultat” visible sur son corps. Ce qui compte est le vécu autour de l’activité (prendre du plaisir, s’amuser, etc).

Rappelons d’ailleurs qu’entre le pathologique et le sain, il existe un continuum et des nuances :

Focale corps objet / corps vivant

On pourrait différencier les deux versants en reprenant la focale corps objet / corps vivant et les aspects suivants :

  • Qu’est-ce qui me motive à pratiquer l’activité ?
  • De quelle nature est l’activité et de quelle façon est-ce que je la pratique ?
  • Suis-je totalement libre de choisir de faire ma séance ou non ? Suis-je capable de manquer une séance ? De l’adapter selon ma forme du moment ?
  • Suis-je connecté et à l’écoute de mes ressentis corporels ?
  • Quelles sont les émotions générées par la pratiques ?

L’activité physique sous l’angle du corps objet

Lorsque la focale est principalement mise sur le corps objet, on se coupe de son corps et de ses besoins !

  • pratique intense minimisant les ressentis de fatigue et de douleur avec blessures fréquentes.
  • Rapport complexe à la faim : recherche de l’effet “coupe-faim” de l’AP. Certaines personnes décrivent aussi se sentir grisées par la faim en pratiquant jusqu’à se sentir “à la limite du malaise”.
  • pensées intrusives comme “manger se mérite” ou “manger se compense” avec le sport.
  • comportement décrit comme “addictif”: pratique très ritualisée, quasi impossibilité de réduire ou adapter la séance.

Les professionnels de santé spécialisés en TCA peuvent vous accompagner à discriminer ce qui est de l’ordre de l’AP pathologique et de l’AP saine.

Se reconnecter au corps vivant par l’AP

Si vous souffrez de TCA sévère, il est indispensable d’en parler à un médecin, si possible spécialisé. C’est lui qui vous aidera à cadrer les modalités de reprises.

  • Cela commence par une prise de conscience : comment ce post résonne t’il pour moi ?
  • Quelle part d’investissement dans la dimension corps objet / corps vivant ? En répartissant un total de 100% entre les deux.

Renouer avec un rapport sain à l’AP demande généralement une réduction et un transfert de l’AP au moins temporaire vers d’autres activités vont permettre de se reconnecter au corps vivant.

Quelques pistes concrètes !
  • Que puis-je faire pour limiter mon AP pathologique ? Ex : résilier un abonnement à la salle, me couper de contenus incitatifs sur les réseaux sociaux.
  • Quel type d’AP j’ai pu apprécier dans ma vie ?
  • Quelles sont les activités ludiques, qui me permettraient de m’amuser ?
  • Quelles sont les activités que je peux partager ?
  • Quelles sont les activités qui me permettraient de vivre des expériences sensorielles agréables ? Une marche en forêt ? Un cours de yoga adapté avec musique douce et bougie parfumée ?

Tenir un carnet d’auto-observation orienté sur la description de l’expérience et les ressentis peut être soutenant. Tout en accueillant avec compassion pour soi ces moments où le “pathologique” se (ré)-invite.

En résumé, c’est de retrouver une activité, spontanée et joyeuse comme lorsque nous étions enfant et libre de tout TCA ​.

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