Quels sont les ingrédients du changement comportemental ? J’évoque souvent cela à travers la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT). Voici en réalité un écueil fréquent : celui de penser que ce processus va être confortable, que l’on va vers moins d’émotions difficiles puisqu’on se souhaite d’évoluer vers du mieux. Que nenni ! Il existe au contraire un confort à ne pas changer, on peut s’enfermer dans des évitements bénéfiques sur le court terme. Changer passe par l’action, des petits pas engagés, et c’est un processus inconfortable qui demande d’apprendre à tolérer les échecs et de faire face à ses émotions !

La zone de confort

« Ah oui, pour moi, la zone de confort, c’est les pantoufles ! » sont les mots d’une patiente. Et parfois, on peut avoir l’impression d’être « coincé » dans un mécanisme. C’est exactement ce qui se passe quand vous vous dites « mais bordel, je sais que c’est vraiment pourri d’agir ainsi (contrôler mon assiette) mais je le fais quand même (j’évite de faire face à ma peur de grossir), en connaissance des conséquences (et en plus je sais que je vais perdre le contrôle ce soir !) ». Et d’ajouter parfois quelques couches : « je suis nul.le, je n’ai pas de volonté ». Vous êtes simplement humain : l’être humain câblé pour aller vers l’avantage court terme, plutôt que le bénéfice long terme.

Voici quelques exemples qui peut-être vous parleront :

« Je mangerai mieux quand je n’aurai plus peur de grossir » (évitement de mes peurs en restant dans un processus rassurant de contrôle… apaisement éphémère de l’anxiété).

« Ça fait 3 semaines que je suis ma flemme plutôt que de me remettre au sport, et pourtant ça me fait du bien et je me sens mieux quand j’y vais. » (évitement de l’inconfort lié au tri entre les pensées excuses et la fatigue légitime sans complaisance, de l’inconfort de la reprise…).

« Prendre une collation m’aide à gérer ma soirée, mais impossible de me confronter au regard des collègues » (évitement d’une situation exposante perçue comme menaçante).

« Tout le monde s’attend à ce que je m’occupe du dîner, je sais que je devrais déléguer mais impossible » (évitement d’une discussion perçue comme pénible et de se confronter à un repas non conforme à ses attentes).

Le contact avec l’expérience

L’idée que le processus de changement devrait être confortable coince littéralement dans cette zone de confort, de non changement. Ca paralyse. Or, le changement comportemental, c’est le porte-à-faux, la sortie de zone de confort qui plonge dans l’inconfort, le contact avec l’expérience de la vraie vie 🎢🌈.

Le contact avec l’expérience, c’est faire face à ses pensées, sensations, émotions, confortables et inconfortables et donc accepter :

  • qu’on ne va pas supprimer des pensées comme les autocritiques (« je ne vais pas y arriver », « je suis nulle ») mais apprendre à entrer en relation avec elles autrement, et laisser plus de place à des pensées plus aidantes (« c’est difficile encore pour moi, mais je suis en train d’apprendre »).
  • qu’on va être traversé par cette boule au ventre, le poids sur la poitrine, des tensions dans le corps, et aussi du relâchement, de l’ouverture. On va apprendre à les repérer, les tolérer, et remarquer que ces sensations sont mouvantes, vivantes, qu’elles passent.
  • que vont cohabiter la peur de ne pas y arriver ou celle de grossir, la frustration que le changement prenne du temps, la culpabilité de prendre plus de temps pour soi, la honte… avec la satisfaction d’avoir accompli un pas, la joie, l’apaisement, etc. On va apprendre à accueillir ces émotions avec davantage d’équanimité, en travaillant sa tolérance émotionnelle.

La pleine conscience, comme entrainement à l’attention moment après moment de ce qui se passe pour soi, est une compétence précieuse pour offrir cet espace nécessaire et aller au contact de l’expérience. L’autocompassion, quant à elle, nous amène la chaleur, le soutien dont nous avons besoin pour traverser cela.

Zone de courage

Changer n’est pas une question de volonté mais d’engagement : ce 1er pas, le plus difficile, car on fait face à des émotions comme la peur, la culpabilité, la honte, la frustration, le déni, etc. En somme, on assume de face à sa condition d’être humain imparfait, vulnérable ! Ca pique ! Une fois que l’on accepte que les émotions difficiles font partie du chemin on peut apprendre à les apprivoiser

Sortir de la zone de confort, c’est aller vers cette zone de courage : faire un pas, s’exposer, oser, demande du courage ! Venir en consultation aussi ! Le « cour-age », c’est agir avec le ❤️, pour se rapprocher de ce que l’on se souhaite de profondément bon pour soi, à travers ce changement.

Espace de sécurité

Pour aller vers cette zone de courage, nous créons ensemble un espace de sécurité pour permettre le contact avec l’expérience. Selon le vécu de chacun, cela peut-être totalement accessible, tandis que pour d’autres personnes, plonger dans son expérience intérieure est extrêmement confrontant. Un cadre thérapeutique bien dosé peut vous aider à re-créer cet espace de sécurité, pour ensuite le transposer dans votre vie quotidienne, avec un principe de progressivité. La compassion du thérapeute peut être très modélisante pour permettre d’accéder pour soi à l’autocompassion (se soutenir avec bienveillance), permettant de s’offrir de la sécurité pour plonger dans sa propre expérience. « La compassion est le courage de descendre dans la réalité de l’expérience humaine » disait Paul Gilbert.zone de confort, de courage, avec autocompassionC’est là que les petits pas engagés prennent leur sens : un pas après l’autre, je m’expose et j’ose. « Le secret de l’action c’est de s’y mettre », disait le philosophe Alain ! Je teste et je peux observer ce qui se passe pour moi : la satisfaction d’avancer, et aussi les freins, difficultés, pour mieux les apprivoiser.

Changer est inconfortable. C’est faire avec ses émotions difficiles et différemment, tout en s’accompagnant, avec autocompassion. Aspirez-vous à une vie confortable ou une vie courageuse ?

 

Photo de couv’ de l’article : photo personnelle prise dans le Vercors… rappelant cette ligne de crête sur laquelle on peut avoir l’impression de cheminer lorsqu’on aspire à un changement. Et en même temps, on distingue cette barrière anti-chute, délimitant un espace de sécurité !

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