Une retraite silencieuse de méditation de pleine conscience est une expérience particulière difficile à narrer. Logique : c’est le vécu qui compte plus que l’histoire qu’on s’en raconte ! Notre mental est très fort pour en construire, des histoires ! Ce billet est une tentative de transmettre une petite parcelle de cette richesse reçue, avec mes propres mots, puisque la parole était rare pendant les 6 jours de cette retraite. Il m’a d’ailleurs fallu attendre plusieurs mois avant d’écrire ce billet.

Le contact avec l’expérience : vivre son tumulte intérieur

Si l’apprentissage passe en partie par le langage (et les concepts), c’est le contact avec l’expérience qui est le plus convaincant. La méditation de pleine conscience occupe une place dans ma vie depuis plusieurs années… et pourtant ! Je me souviens de ces mots d’une participante à la retraite, juste avant d’entrer dans le silence : « J’ai vraiment senti ce qu’était la méditation de pleine conscience lors de ma première retraite. L’impermanence. Par l’impermanence de la douleur, notamment ». Ces mots m’ont touchée, surtout lorsqu’ils ont résonné, plus tard.

Cette retraite a pu offrir un espace privilégié:

  • Cadre propice à l’observation de son expérience moment après moment.
  • Enseignements qui prennent leur sens en résonance avec cette expérience.
  • Laboratoire d’exploration qui permet de porter une attention à la nature impermanente des phénomènes.

Phénomène (déf. Larousse) : Fait naturel constaté, susceptible d’étude scientifique, et pouvant devenir un sujet d’expérience.

L’intention est d’amener une observation de la respiration (par exemple) comme un phénomène, avec ses caractéristiques, plutôt que « ma respiration » avec toute l’histoire que je me raconte autour avec mes pensées. D’observer les pensées comme un phénomène avec un début, une fin, un contour, et d’autres caractéristiques (« tiens, c’est un jugement, ou là, une pensée d’anticipation »).

Le contact avec la nature, notamment à travers les marches méditatives, ce lien là, m’aide à percevoir cette impermanence inhérente aux phénomènes: tout passe.

A la fin de l’inconfort, il y a le confort.
A la fin du confort, il y a l’inconfort.

Ce confort auquel on s’accroche, cet inconfort que l’on souhaite repousser. Ce plaisir que l’on veut faire durer (comme si on pouvait le maîtriser), le déplaisir que l’on tente d’esquiver.

Accepter cette impermanence peut apparaître insécurisant : ne serait-elle pas plutôt rassurante ? Dans les difficultés du quotidien, elle est une invitation à ramener son attention vers le tangible, ce qui est là, pour avancer, plutôt que nos pensées qui font monter la sauce dans des proportions démesurées.

Vivre une retraite est d’ailleurs tout sauf « calme » ou « faire le vide » (ce que l’on peut entendre) : c’est vivre avec son tumulte intérieur !

Le confortable et l’inconfortable, l’agréable et le désagréable, le plaisir et le déplaisir, avec équanimité, autant que possible. Dis comme ça, ça a l’air simple, la réalité est toute autre.

Ses sensations, émotions… et pensées, que notre mental construit en permanence ! C’est pas rien, c’est même sérieusement gratiné ! Ce torrent tantôt de boue, tantôt limpide de pensées qui déferle. Ressentir ce que cela provoque en nous. Cela demande beaucoup de courage de s’exposer à son expérience, et une capacité à doser notre exposition selon notre état de vulnérabilité du moment.

Ca peut même ressembler à ça !

Notre esprit fortiche pour partir en rumination, anticipation, autocritique, etc. avec la vie au milieu, ses hauts, ses bas, ses mieux, ses moins biens…

Prendre soin de son présent

La parole était rare pendant ces 6 jours, l’enseignement quotidien n’était là que pour entrer en résonance avec l’observation de notre vécu.

Réçue au milieu de de brouhaha, cette phrase, tellement simple, évidente, livrée avec mon interprétation tout autour, cache en réalité un trésor : »prendre soin de son présent« . C’est alors que la retraite touchait à sa fin que l’enseignant a posé cela, flottant au milieu d’autres choses. Comme un cadeau.

En anglais « present » signifie cadeau. Un cadeau que l’on accepte, ici et maintenant, tel qu’il est. Et avouons-le, on peut être parfois un poil déçu en l’ouvrant, parfois ;-). On peut même avoir envie de le rendre !

Ramener son attention ici et maintenant, vers ce cadeau du présent. Revenir à notre corps, observer les signaux qu’il nous transmet à chaque instant nous permet d’appréhender notre contexte, nos états, et ouvre une porte vers l’acceptation. Ce présent qui est là, à travers cela, pour nous permettre de nous questionner : de quoi ai-je besoin, ici et maintenant ?

Je mets évidemment beaucoup d’humilité dans mes propos, car je sais que pour de nombreuses personnes, notamment en souffrance avec leur corps et leur alimentation, cette perspective est très délicate, et il convient de s’en approcher très progressivement. La pleine conscience est d’ailleurs une approche inadaptée en phase aiguë de trouble alimentaire ou psychiatrique.

Une perspective en lien avec le soin diététique

Le mangeur en lutte avec son corps et son alimentation est coincé entre ruminations (« j’ai trop mangé ce matin« ) et anticipations (« je vais devenir énorme si je mange ce dessert et devoir faire du sport pour compenser« ), en rupture avec ses besoins au présent. Le chemin démarre par l’acceptation de ce qui est : ses difficultés, son trouble alimentaire, la relation complexe au corps, pour poser un pas après l’autre et avancer.

Prendre soin de son présent, c’est ni plus ni moins la posture du mangeur régulé, qui prend en compte son contexte, ses besoins physiologiques et ses envies dans l’instant et peut s’ajuster. C’est pouvoir vivre un repas comme un cadeau. C’est aussi expérimenter une insatisfaction corporelle banale et pouvoir vivre sa vie, tout en agissant sur ce qui est possible.

Pas exemple : « J’ai un dîner à la pizzeria avec des amis, je commande le plat qui me fait plaisir. Le lendemain matin, je réalise que je n’ai pas faim pour mon petit déjeuner habituel et c’est ok pour moi de démarrer avec un simple café et de reprendre ma routine ensuite. » ou « Je me vois vieillir, mon corps change, c’est difficile pour moi, mais je sais que cette sortie à vélo tout à l’heure me fera du bien, j’en ai besoin pour me sentir en forme« .

C’est un chemin possible, un apprentissage, un entraînement. Cela commence par être observateur de son vécu, pour pouvoir ensuite poser un pas après l’autre, et avancer vers ce qui compte.

L’écrit présente de nombreuses limites pour transmettre une parcelle de cela. Cela m’émeut toujours lorsqu’un patient prend une mesure de cela, aussi infime soit elle. Cela s’accompagne souvent d’une immense bouffée d’espoir côté patient, qui retrouve du pouvoir d’agir.

Je vous souhaite de prendre soin de votre présent : cadeau reçu, que j’ai souhaité vous transmettre.

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